jeudi 28 août 2014

Expulsion à Lyon - Vaise : témoignage


Hier matin, la police est venue expulser un petit terrain rue de St Cyr où s'étaient installées 9 familles rroms à la sortie du Plan Froid, début avril. Il y avait 9 familles très proches les unes des autres (cousins, beaux frères, belles soeurs, grands parents ...) dans une ambiance tranquille.

Après être allés sur le terrain, un médecin et une infirmière de Médecins du Monde allaient reprendre leur voiture lorsqu'ils ont vu la police arriver, il était environ 10h30.

Stupéfaction sur le terrain,  les familles n'étaient pas averties. A cette heure là, des personnes étaient parties faire la manche, d'autres vendre le journal des Sans Abris ... Cela a été terrible pour les familles : rassembler quelques affaires en faisant des baluchons avec des draps ou des morceaux de tissus ... Une jeune femme n'avait pas pris ses papiers, les policiers n'ont pas voulu qu'elle rentre à nouveau sur le terrain malgré la demande de Médecins du Monde et la mienne ensuite. 

A peine les familles sur le trottoir, le bulldozer avec ses grosses mâchoires est entré sur le terrain et a fracassé les cabanes.
Tout ce que les familles avaient construit au fil des jours, des mois, pour retrouver un peu de dignité, de confort : cabanes, matelas, couvertures, vêtements, vaisselle, casseroles étaient écrasés, éventrés, broyés ...
Et cela dans l'instant où ils sont expulsés, là à côté d'eux ... devant leurs yeux ... devant des enfants ...

Quels mots pouvons-nous mettre ? C'est de la violence, c'est de la torture, comment accepter cela sans réagir, sans agir ?
Comment une telle expulsion peut-elle être mise en œuvre ?
Sachant que le propriétaire n'avait rien demandé, disant même que ces personnes ne le dérangeaient pas.
Pourquoi la Direction Départementale de la Cohésion Sociale n'était pas au courant ?
Pourquoi la mairie du 9ème arrondissement n'était pas au courant ?
Pourquoi Médecins du Monde n'était pas au courant, car il y avait des touts petits (1an1/2, 2ans1/2  ... ), 2 personnes âgées dont une en mauvais état de santé et, un père de famille qui, à la suite de 2 AVC, est en partie paralysé et ne peut plus parler. Ces 2 dernières personnes ont dues être portées pour traverser la rue de St Cyr et les mettre à l'ombre. Ces personnes étaient et sont en danger, ces touts petits étaient et sont en danger ...
Car aucune solution n'a été proposée - même pour ceux-là -.

Il ont essayé de se poser dans un jardin public, mais la police les en a empêchés ... ensuite ils se sont réfugiés dans un parking abandonné plein d'herbes où ils étaient invisibles (j'y étais, je le sais), les policiers sont venus avec du renfort, puis repartis pour rencontrer des chefs certainement, puis revenus leur dire qu'ils pourraient rester la nuit et que le Préfet prendrait une décision pour le lendemain (donc pour aujourd'hui).

Et ce matin appel téléphonique, 6/7 camionnettes de la police ...  pour les expulser !!!  Ensuite, à nouveau dans un petit jardin public vers le cinéma où la police municipale ne voulait pas qu'ils restent. J'étais obligée de partir... Cet après midi, ils étaient toujours dans le petit jardin.  Ce soir, je ne sais pas.
Heureusement, une jeune qui a des contacts avec les jeunes scolarisées du terrain est venue avec d'autres jeunes, ils ont été et sont un soutien important avec les familles.
Et ces 4 petites jeunes qui sont scolarisées au collège, comment vont-elles poursuivre leurs études dans ces conditions ...  Les conséquences des expulsions, nous le constatons, conduisent à la déscolarisation ... quel gâchis !
Des démarches étaient envisagées avec les parents et devaient être faites à la mairie et dans les écoles pour 2 autres enfants.

Que deviennent toutes ces familles expulsées depuis ces dernières semaines, ces derniers mois ? Comment tous les enfants scolarisés vont-ils retrouver le chemin de leur école dès mardi ? Comment ces parents peuvent-ils faire des projets pour leurs enfants comme le font tous les parents en cette rentrée de septembre ?"

Gilberte Renard, le jeudi 28 août 2014