jeudi 3 octobre 2013

Lettre à Manuel Valls



A Manuel Valls à propos du franquisme, de la Résistance, des roms...

"Manuel, tu avais "vocation" à retourner en Espagne en 1982

Manuel, tu as déclaré hier soir sur BFM TV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.

Tu as été naturalisé Français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu Français il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc « vocation », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement de même que je comprends totalement ton souhait de devenir Français. Cela sans l’ombre d’un doute.

Tu avais « vocation » à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms.

Celui qui t’écris, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et Français, est allé en 1936 en Espagne pour combattre le franquisme les armes à la main dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance et donc celle de ta famille. Il en est mort, Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que 9 ans et ma sœur 18.

La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à 16 ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment. Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient « vocation » à retourner ou à rester dans leurs pays d’origine, ces « Etrangers et nos frères pourtant »...

Manuel, « on » a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour devenir ou être membre de l’Union européenne: le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiété à l’époque. En tant que député je suis allé à Bruxelles auprès de la Commission pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figures- toi.

Et aujourd’hui dans ces pays la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien : aggravée. Et ils ont « vocation » à rester dans leurs pays ou à y revenir ? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes ? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures ? C’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant.

Alors toi l’espagnol devenu Français, tu ne comprends pas ? Fuir son pays, tu ne comprends pas ? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a « vocation » à rester ou revenir dans son pays ? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot « race » va disparaître de nos lois. A juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont.

La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche on n’a pas la matraque en guise de cœur.

C’est un Français d’origine manouche qui t’écris et qui écris au Français de fraiche date que tu es. C’est un fils de « brigadiste » qui se rappelle à toi. Souviens-t-en : « Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir ».

Pour l’heure Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour « ça » ?

Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus « ces étrangers et nos frères pourtant. » "

septembre 2013
Jean-Claude Lefort
Député honoraire
Fils de Manouche

jeudi 19 septembre 2013

rentrée 2013



Au 30 avril dernier, 261 enfants suivis par C.L.A.S.S.E.S étaient inscrits à l’école.
Une centaine d’autres enfants, connus de C.L.A.S.S.E.S, n’étaient pas encore inscrits, ou étaient en cours d’inscription.

Qu’en est-il à cette rentrée scolaire ?
La majorité des enfants scolarisés l’an dernier  ou en attente de scolarisation auraient dû faire leur rentrée normalement, en même temps que les autres enfants, soit environ 350 enfants.
 Malheureusement ce n’est pas le cas.

Entre temps, les familles hébergées dans le cadre du Plan Froid ont été mises à la rue. Les familles  d’un grand squat de Saint-Priest ont dû partir ; beaucoup sont allées rue Salengro à Vaulx-en-Velin. Lorsque ce terrain a été évacué, les familles se sont une nouvelle fois dispersées : certaines sont allées grossir le terrain de  Saint-Fons, d’autres errent encore dans l’agglomération, dormant dehors.
Des familles ont été hébergées par la Préfecture dans des hôtels isolés, loin des écoles.
Les familles d’un squat de Vaise dont nous avions réussi à scolariser à peu près tous les enfants, grâce à la coopération avec la mairie du 9ème ont elles aussi été mises dehors sans solution. Plusieurs d’entre elles se trouvent en squat à Villeurbanne.

Ces mises à la rue, ces déplacements de population ont des conséquences négatives évidentes sur la scolarisation : des enfants scolarisés à Villeurbanne-nord vivent maintenant à St Fons; des enfants scolarisés à Givors se retrouvent sous tente à Vénissieux, après un mois d’errance. Des enfants scolarisés à Vaise ont été retrouvés à Villeurbanne, il faut chercher de nouvelles écoles pour les accueillir. Ceux-là ne seront sans doute pas déscolarisés, mais ils vont perdre un mois d’école, ils auront perdu leurs copains, leurs repères. D’autres, trop loin d’un établissement scolaire ne pourront pas retourner à l’école.

Deux semaines après la rentrée il est difficile d’avancer des chiffres précis, mais nous estimons que pas plus de 60 à 70 des enfants suivis par C.L.A.S.S.E.S l’an dernier ont fait leur rentrée normalement. Quel gâchis !

A contrario, on peut citer le terrain de La Feyssine, stable depuis maintenant 2 ans et demi, malgré des alertes périodiques qui alimentent l’inquiétude. La rentrée scolaire a pu y être préparée correctement : 3 filles sont au collège, 15 enfants vont à l’école élémentaire, 8 enfants sont inscrits à l’école maternelle.

Tous les politiques répètent que la scolarisation des enfants est un impératif, et que la « gestion » des bidonvilles doit en tenir compte et la faciliter.
La seule avancée que nous constatons cette année se trouve du côté de l’Education nationale : 3 classes ont été ouvertes en collège pour des enfants ne maîtrisant pas le français et ne sachant pas lire, c’est un progrès. Par ailleurs sur le terrain de Saint-Fons qui a considérablement grossi, l’Education nationale se préoccupe de repérer les enfants qui ne sont pas scolarisés pour, nous l’espérons, leur trouver des solutions rapidement.

Le droit à l’éducation est un droit fondamental pour chacun ; il ne suffit pas de le déclarer, il faut prendre les mesures nécessaires pour le mettre en œuvre effectivement. C’est ce que demande l’association C.L.A.S.S.E.S, cette année encore.

vendredi 12 juillet 2013

nouvelles de juin-juillet 2013



Nouvelles de JUIN-JUILLET 2013

Bilan de la scolarisation, présenté lors de l'AG du 10 juin
386 enfants étaient suivis par CLASSES au 2ème trimestre
261 étaient scolarisés :  49 en maternelle, 182 en élémentaire, 30 en collège,
répartis dans 83 établissements scolaires sur le Grand Lyon.
50 étaient en cours de scolarisation.

53% des enfants scolarisés sont allés à l'école de façon assidue.
La difficulté pour les autres s'explique facilement par la précarité des conditions de vie,
les expulsions, les problèmes de santé, la distance école-lieu de vie
. 


à St Priest : bons résultats
20 enfants répartis dans 5 écoles y sont allés régulièrement, malgré de longs trajets.
Ceci est le résultat d'un travail en concertation 
entre élus, enseignants, inspecteur, et référents CLASSES


A St Fons aussi, depuis le 21 mai
les 18 enfants de la classe "spéciale Roms" sont admis au sein des écoles de quartier,
en restant suivis par leur institutrice.
Ils vont à la cantine. 
Ils ont poursuivi leur scolarité toujours avec assiduité.



Nous préparons la rentrée 
Bonne nouvelle pour les écoles primaires :
4 postes supplémentaires 
pour les enseignants spécialisés intervenant auprès des enfants non-francophones.
(Cette année, certains élèves ne voyaient leur "professeur de français" 
que 2 heures par semaine.)
 
Par contre,
en collège : pas de moyens supplémentaires pour le moment.
 
Cette année, nous connaissons 22 enfants qui sont restés à la porte du collège, sur liste d'attente,
faute de place dans les dispositifs accueillant les jeunes peu scolarisés ou/et  non-francophones.
Et au moins autant pour lesquels nous n'avons pas tenté l'inscription, sachant la réponse négative.
L'inspection académique met en place une semaine d'accueil pour ces jeunes à la rentrée,
mais après ?

L'école est obligatoire jusqu'à 16 ans,
et pourtant cette année encore l'Etat n'a pas appliqué la loi.

Il faut que cela change
 
Vous pouvez demander le rapport d'activité 2013 auprès de CLASSES



L'inquiétude actuellement pour les familles,
ce sont les expulsions,
et la  fermeture des hébergements du plan froid.


Le 24 juin, à Tassin  l'hébergement "clinique du rein" a été fermé :
50 personnes à la rue, dont 32 enfants

Et pourtant, selon le Code de l'Action Sociale et des Familles :
« Toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation (CASF, article L. 345 2-2 et L.345-2-3)".

Voir aussi le témoignage d'un travailleur social :
 
le 27 juin, fermeture de 2 centres d'hébergement du plan froid :
Décines et Villeurbanne
à Décines, 47 personnes, dont 29 enfants, après avoir été relogés 4 nuits dans un hôtel,  sont maintenant à la rue  



le 10 juillet, un squat de Vaise est évacué : 
rue Sidoine Apollinaire (Lyon 9ème)
50 personnes, dont une femme prête d'accoucher et un bébé de 5 mois.
 Le tout sans solution d'hébergement durable.
 


Les expulsions sont toujours un moment de grande détresse et de souffrance  pour les familles
Chaque fois que cela a été possible,
les bénévoles de CLASSES et d'autres associations ont été présents 
et sont intervenus pour les soutenir 



...  Pendant ce temps... 

lors de la seconde édition de l’'Université d’'été en Études Romani.
George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative
intervenait jeudi 11 juillet à Lyon,
pour parler de la mobilisation du gouvernement 
en faveur de la scolarisation des enfants roms,
et annoncer la cr
éation d'un groupe de travail national pour renforcer son action...
 


...  Pendant ce temps aussi ...

beaucoup de familles vont passer l'été dans la rue, dans des conditions indignes



Ci-dessous,
le témoignage d'une sage-femme bénévole de Médecins du Monde qui a pris la photo,
et qui suit les enfants de la famille dans leur scolarisation :

"Suite à la fermeture du village mobile de Décines sans proposition d'hébergement 
excepté 4 nuits en hôtel Formule 1 de Meyzieu, 
Mr et Mme et leurs enfants respectivement de 15 mois, 4 ,7 et  10 ans se retrouvent dans la rue depuis le 1° juillet. 
Ils prennent de l’eau à une  pompe  à 100m ,
et quand les besoins se font sentir ils vont aux wc de l’hopital St Luc –St Joseph pas si proche.

Ils ne peuvent pas se faire à manger,
ils n’ont qu’un repas à midi s’ils se rendent  au restaurant municipal de la Part-Dieu,
en prenant le risque qu’on leur détruise ou vole leurs maigres affaires pendant leur absence…
Quant à se laver il n’y a que le bain-douche de Gerland.

Comment un bébé de 15 mois peut-il rester en bonne santé 
dans ces conditions d’insalubrité et de dénuement ?
Je suis très inquiète pour lui.

Ils vivent dans l’angoisse permanente 
et même ce bébé de 15 mois si jovial commence à perdre son sourire.

Les fillettes bien intégrées à l’école Lucie Aubrac du  2° arrondissement 
souffrent beaucoup moralement, 
ne comprenant pas ce qui arrive." 
le 3 juillet,
M. L.
 
C'est inacceptable, intolérable et inhumain.



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